Elle.
Le temps de cette Elle, d'où naitra de ma profonde indigence psychologique : le début de cette passion dangereuse. Chavire ? Bateau ? Chavirant en tout cas ; elle transportait ! Aussi loin que pouvaient tirer l'horizon, la mer, l'étendue ! Enfin vous savez : L'amour. Aimer. Entrainant perte de vue & insatisfaction permanente. Dégoût d'être, dégoût de devenir... L'amour m'aura alors rendue aveugle. Mais rien ne lui était refusable ; c'était comme trahir.
Trahir le fil qu'elle prenait le temps te tisser.
Araignée.
Proies malléables.
Elle.
Aussi présente que discrète. Avide, chercheuse d'or. A la recherche de fragilité. Et un peu ruinés car malheureux ; Nous. Les petits êtres languides & manipulables du début. Repérables à perte de vue, et aussi loin que nous pouvions encore fuir. Mais Elle ; Légère. Voluptueuse. Délicieusement maligne. Elle ne marchait pas, non ; elle volait. C'était son Tout, et son Rien à la fois. C'était cet air désabusé jusqu'à ses plus prodigieux éclats de rire -ne partant jamais dans les mêmes directions-. De surprises en surprises ; c'était des pages.
Les pages qu'on tourne, et qu'on dévore.
Les pages de l'abstinence.
La mort, lente et sinueuse.
Déposée à notre attention dans un de ses élans de légèreté.
Elle.
Le temps de ces larmes. Des sanglots qu'elle ne retenait pas ; pas même devant moi qui n'avait malheureusement pas les bras assez solides pour consoler de tels chagrins. Oui, au pluriel -Une main ne suffisait à les compter ; Nos deux mains.- C'était donner en espérant ne faire qu'un, alors qu'elle, elle multipliait.
Reproduisant ce même schéma sur n'importe quelle proie docile, et domptable. Qui plus est : fragile.
Naissait alors de ces larmes le plus beau de tous les sourires.
Un peu de passion aussi, pour cette fragilité infantile.
Elle.
Trouver refuge dans d'inlassables mensonges. Acquiescer pertinemment, de façon à ne pas détruire davantage ce bout de fillette, dont l'âge surprenait n'importe quel individu loin de se douter du fléau dans lequel nous nous engouffrions, les uns à la suite des autres. L'ombre & la femme. L'enfant & la reine. C'était énoncer ses dires, et lui répondre. C'était parler de pluie, alors que le temps était à son comble. C'était raconter l'histoire de la mort, alors qu'on était là.
Elle en chair, mais en os. Moi en mal, mais en vie.
Suffisance ? Tout...
Tout de cette exulte maladive la remplissait aussi fort qu'elle refusait de se nourrir.
Compenser un besoin par un autre.
La clef de la Condescendance.
Elle.
Laissez-moi maintenant vous parler de sa beauté. Mais est-ce vraiment nécessaire après tout cela ? Belle, oh oui. Au-delà des poèmes, et des chansons. Beaudelaire lui-même n'égalait pas -enfin pas aux yeux de l'indisciplinée aimante : Moi. Non par excellence, mais par soumission-. Elle était d'une beauté rarissime. Des yeux aussi bleus que turquoises. Maquillés de ce vert dont je n'en avais jamais vu de pareil dans les rayons des magasins. Somptueuse, et troublante sous des airs dissimulés, et ainsi éloignés de toute preuve à répercutions. Oui, vraiment c'était la splendeur même. Pourtant ni douce, ni tendre. Mais froide, et glaciale, marquée par le je-ne-sais-quel-chagrin-visible encore. Le vent & la fillette. La maladie, & la malade ; perturbée à l'excès, et étourdie d'adrénaline. Le mal en elle, le mal sur elle ; noué avec les quelques mèches rebelles de ses cheveux. ou bien dans ses barrettes multicolores qui suffisaient à lui rendre l'âme tant désirée.
Mais aussi, et principalement usée par un passé qui l'empêchait de refaire surface.
Réduite à des cendres, avant même de savoir ce qu'était que la mort.
Et pourtant il n'y avait qu'Elle.
Encore éprise de cette passion excessive.
L'Araignée.
Mon Égérie.
Ma source d'inspiration.